“Je ne sais pas prier, comment faire ?!”

Quand vous priez, vous ne ressentez rien, vous n’entendez rien, vous n’avez rien à dire ?
Et alors ? Cela ne veut pas dire que vous ne savez pas prier, au contraire !

Qui donc nous a mis dans la tête cette idée étrange selon laquelle il doit se passer quelque chose chaque fois que nous prions ? Dès l’enfance, nous avons été  mis sur une fausse piste, quand des adultes bien intentionnés nous demandaient périodiquement : «  As-tu fait ta prière ? ». Comme si la prière était une chose à faire. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur cet auxiliaire «  faire », qui rétrécit et rabaisse tout ce qu’il touche (faire l’amour, faire des enfants, faire la charité, faire sa communion). A défaut du verbe «  faire », d’autres sont associés à une certaine image ou à un certain idéal la prière : ressentir, dire, entendre, comprendre des « choses ». Or dans la réalité, ces «  choses » sont rares.

La prière est ordinairement austère, en tout cas elle ne tient pas toutes ces promesses. D’où notre déception. La tentation est alors d’accuser Dieu, car s’il nous aimait il devrait répondre à nos attentes. Ou bien de nous accuser nous-mêmes, car si nous aimions Dieu, nous devrions être capables de le rencontrer. Si la communication   passe mal, d’un côté ou de l’autre, ne ferait-on pas mieux finalement de raccrocher ? C’est ainsi que trop souvent, après quelques tentatives, nous désertons le terrain de la prière et le combat cesse, faute de combattants.

 

Être, plutôt que faire

Je vais vous dire le vrai verbe à employer pour parler de la prière. C’est le verbe «  être ». Prier, c’est être, être avec. Là est l’enjeu de la prière. Saint Augustin l’avait bien compris, lui qui posait au Seigneur cette question à la fois triste et amusée : «  Mon Dieu, vous qui êtes

partout, comment se fait-il que je ne vous trouve nulle part ? ». Le problème n’est pas l’absence du Christ, ou son éloignement de l’histoire de l’homme, disait saint Jean-Paul II, «  il n’y a qu’un seul problème qui existe toujours et partout : le problème de notre présence auprès du Christ ».

A quoi bon insister en effet sur la présence réelle du Christ ( dans l’Eucharistie, mais aussi dans les autres sacrements, dans son Eglise, dans l’amour fraternel, dans le service des pauvres) si nous ne sommes pas nous-mêmes présents ? Comme deux époux qui passent leur soirée sur leur téléphone dans un restaurant.

Quand Jésus envoie ses apôtres porter la Bonne Nouvelle à toutes les nations et à toutes les générations, il affirme avec force : «  Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28.20). Mais pour être avec, il faut au moins être deux. C’est le fond même de la foi comme expérience, la foi vivante, la foi vécue : être avec lui , qui a voulu être avec nous.

 

Chercher Dieu, pas les sensations

 Cela n’est pas sans conséquence. Cela nous oblige à bien situer la place et le sens de la prière dans la vie du chrétien. Prier n’est pas un but mais un moyen. Le but, c’est la vie avec le Christ et avec les autres. Pouvoir dire avec l’apôtre Paul : «  Pour moi, vivre, c’est le Christ » (Ph 1, 21) ; «  Tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu » (1 CO 10,31). Mais voilà : pour être tout le temps avec le Seigneur, il nous faut de temps en temps être à lui seul, lâcher tout pour lui, afin qu’il soit au cœur de tout.

La valeur de notre prière n’est pas mesurée par le nombre d’idées géniales ou de sensations merveilleuses que nous allons y trouver. Mais par le fait que, dans ce lieu du monde où nous nous tenons, dans ce moment de notre vie où nous nous trouvons, nous osons nous exposer à la rencontre de Dieu. Une rencontre d’être à être. La Bible dit «  face à face ». Des auteurs spirituels disent «  cœur à cœur ».

L’important ? Qu’il puisse nous trouver. Alors, nous aurons quelques chance de le trouver aussi.

Père Alain Bandelier